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La maltraitance infantile en période de COVID


En cette période de pandémie et de confinement, les associations de terrain, les experts scientifiques ainsi que le monde médical nous alertent quotidiennement des nombreux dommages qu’engendre directement et indirectement la COVID sur notre santé physique mais aussi mentale. Difficultés financières (en raison de la mise au chômage économique), burns out parentaux, inégalités socio-économiques renforcées, augmentation des cas de violences conjugales ne sont quelques exemples des conséquences de cette pandémie mondiale et du confinement requis.
Les conséquences de cette pandémie ainsi que le repli sur la sphère privée et en particulier sur la sphère familiale nous amène aujourd’hui à nous pencher sur la maltraitance infantile.

Pour l’Organisation Mondiale pour la Santé (OMS), "l’abus ou la maltraitance à enfant consiste dans toutes les formes de mauvais traitement physique, émotionnel ou sexuel, la négligence ou le traitement négligent, ou les formes d’exploitation, dont commerciales, résultant en un mal effectif ou potentiel à la santé de l’enfant, à sa survie, à son développement ou sa dignité dans le contexte d’une relation de responsabilité, confiance ou pouvoir."

La maltraitance infantile peut ainsi revêtir différentes formes ; quatre formes de maltraitance sont traditionnellement distinguées : la maltraitance physique, la maltraitance psychologique, la maltraitance sexuelle et enfin, la négligence. Si la négligence est plus difficile à cerner, elle peut notamment être liée à un manque de disponibilité ou d’information, à l’isolement, à des problèmes d’addiction ou psychiatriques ou encore à la précarité matérielle des parents. A ces formes de maltraitance, de nombreux professionnels ont, plus récemment, dénoncé la maltraitance institutionnelle. En effet, certains fonctionnements institutionnels et pratiques destinés à apporter aide et de la protection à l'enfant peuvent devenir eux-mêmes maltraitants, notamment lorsqu'ils ne respectent pas le rythme, les besoins et les droits de l'enfant et de sa famille.

Rappelons que la Convention relative aux droits de l’enfant du 20 novembre 1989, en son article 19, indique que tout individu âgé de moins de 18 ans a le droit d’être protégé contre "toute forme de violence, d’atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, d’abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d’exploitation, y compris la violence sexuelle."
Par ailleurs, en Belgique, et en particulier en Fédération Wallonie-Bruxelles, plusieurs législations soutiennent cette nécessité de protection de l’enfant dont le décret du 12 mai 2004 relatif à l'aide aux enfants victimes de maltraitance.

Si le problème de maltraitance infantile n’est pas nouveau et revêt une ampleur mondiale, la pandémie a exacerbé la vulnérabilité des enfants et mis davantage en péril le respect de leurs droits les plus fondamentaux. A cet égard, l’ONG Vision du monde alerte sur le fait que le coronavirus accroit significativement les risques de malnutrition, de violences et de décrochages scolaires en raison de la fermeture temporaire des écoles dans de nombreux pays, et met ainsi en danger la survie et le développement de l’enfant. Alors que selon cette organisation, plus de 71 millions de personnes ont basculé dans l’extrême pauvreté en 2020, elle évalue sur le plan mondial à 85 millions supplémentaires le nombre d'enfants qui risquent d'être exposés aux violences physiques et psychologiques en raison de la Covid-19.

Chez nous, si nous ne disons pas encore du rapport complet de l’Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE) relatif à l’année 2020, après le premier confinement, en mai 2020, l’ONE s’inquiétait déjà de la diminution du nombre de signalements de la maltraitance (entre 30 et 50% de diminution) en Fédération Wallonie-Bruxelles. Ces données peuvent apparaitre a priori surprenante au vu des circonstances (fermeture des écoles, arrêt des activités extrascolaires, difficultés familiales, etc.).

Toutefois, comme le souligne le professeur Michel Dechamps, neuropédiatre et président du Comité d'accompagnement de l'enfance maltraitée (CAEM) « l'isolement social causé par les mesures de confinement rendent probablement la maltraitance moins visible ». Rappelons que 8 cas de maltraitance sur 10 surgissent dans le cercle familial ou amical. Or, les derniers rapports en la matière montrent que dans de nombreux cas, la maltraitance est signalée par l'un des parents, des camarades d'école, des enseignants ou des agents PMS (psycho-médico-social).

La maltraitance, sous toutes ses formes, peut avoir des conséquences dévastatrices sur le développement physique, affectif et relationnel de l'enfant. Les mauvais traitements infligés peuvent notamment provoquer des troubles du comportement, des symptômes de stress post-traumatique, une dégradation de l'estime de soi ou encore un déficit de confiance accordé à autrui.
Il est donc indispensable de signaler les cas de maltraitance afin de ne pas hypothéquer la santé physique et mentale de l’enfant mais aussi de dénoncer ces situations afin d’aider les personnes maltraitantes. Si vous pensez être témoin d’un cas de maltraitance, consultez cette brochure afin de trouver toutes les informations utiles en la matière.

Analyse de Charlotte Royen, Coordinatrice thématique "Famille, Culture et Éducation" - royen@cpcp.be