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École, QI et inégalités

Un terrain boueux

Analyse n°470 de Axel Winkel - février 2023 Famille, Culture et Éducation


L’école est depuis longtemps présentée comme l’exemple type d’une institution créatrice de violences. Dans les grandes lignes, selon Bourdieu et Passeron, sous couvert d’égalité des chances, l’école ne ferait en réalité que reproduire les inégalités sociales. Pour ce faire, elle use de violence symbolique. "L’école impose une norme arbitraire, la culture des classes dominantes, qu’elle donne pour légitime et absolue"1. Sur cette base, elle évalue les élèves et elle transforme des inégalités sociales en différences de résultats scolaires qui sont présentées comme "naturelles" et qui "redeviennent ensuite des inégalités sociales à la sortie du système scolaire"2. Elle masque les mécanismes de cette reproduction (notamment au travers de l’idéologie méritocratique) et "persuade de cette manière ceux qu’elle exclut de la légitimité de leur exclusion"3. Elle légitime ainsi un rapport de force et l’ordre social établi. Ce constat a profondément marqué la sociologie de l’éducation. À ce niveau, le décret Missions de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) stipule justement que l’école doit "assurer à tous les élèves des chances égales d’émancipation sociale"4. Qu’en est-il dans les faits ?
La FWB atteint-elle ses objectifs ou use-t-elle de violence symbolique ? En clair, sous couvert d’égalité des chances, la FWB ne fait-elle que reproduire les inégalités sociales ? Après avoir rapidement passé en revue l’état des inégalités et violences sous-jacentes à notre système scolaire, nous nous intéresserons à un petit nouveau dans la cour des instruments de violence symbolique : la justification des inégalités scolaires par une inégale répartition des intelligences entre classes sociales. Cette rhétorique à la pente très savonneuse fait plus que jamais resurgir l’importance de maintenir à l’horizon institutionnel le débat sur les inégalités.

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1 N. Friant, En rhéto... Mais laquelle ? Enquête sur le prestige des options et des choix d’orientation auprès d’étudiants de dernière année de l’enseignement secondaire de transition, Université de Mons-Hainaut, p. 40.
2 A. Jourdain, S. Naulin, « Héritage et transmission dans la sociologie de Pierre Bourdieu », Idées économiques et sociales, vol. 166, n°4, 2011, p. 11.
3 N. Friant, op. cit., p. 41.
4 Décret définissant les missions prioritaires de l'enseignement fondamental et de l'enseignement secondaire et organisant les structures propres à les atteindre, Communauté française, 24 juillet 1997, p. 7.


Politologue de formation, Axel Winkel est enseignant et chercheur chez Citoyenneté & Participation.

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