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Trois arguments qui ne seraient pas de droite contre le revenu universel

Analyse n°305 de Thomas Bolmain - septembre 2017 Citoyenneté et Participation


L’idée de "revenu universel" – alias le "revenu inconditionnel", alias le "revenu minimum d’existence", alias le " revenu citoyen", etc. – est dans l’air du temps : par l’intermédiaire de M. Benoît Hamon, elle s’est notamment invitée en France dans les débats de la dernière élection présidentielle. Discutée depuis plus de trente ans d’une manière assez confidentielle, l’idée de verser à titre individuel une certaine somme d’argent sans qu’aucun travail ne soit fourni en échange (ce pourquoi le revenu est dit "inconditionnel") a enfin fait ces dernières années l’objet de plusieurs expérimentations (par exemple en Finlande). Ce qui surprend, c’est que l’idée est revendiquée aussi bien à droite qu’à gauche et qu’elle s’expose, inversement, à des critiques tant de gauche que de droite. Tandis que M. Paul Magnette (PS) y reconnaît une proposition allant "dans le sens de l’histoire", il se voit contesté dans son propre parti, mais est rejoint, paradoxalement, par M. Georges-Louis Bouchez (MR). De même, en France, avant que M. Hamon (PS) étudie le sujet, M. Frédéric Lefebvre (LR) réclamait déjà une réflexion parlementaire sur ce thème.

Ce paradoxe s’explique peut-être par le fait que l’idée – ainsi que l’a par exemple noté l’économiste Liêm Hoang-Ngoc – relève d’une double généalogie, marxiste et libérale. D’un côté, suivant certaines suggestions de Marx, on insistera sur la nécessité d’instaurer un "revenu socialisé universel" dès lors que le travail automatisé tend à remplacer le travail humain et qu’il devient possible de partager, selon les besoins de chacun, la richesse créée. De l’autre côté, on mettra plutôt en évidence le fait que les individus pourront gérer librement et de façon responsable le capital qui leur est alloué et qu’ils réaliseront l’intérêt général au moment même où ils poursuivront leur intérêt le plus propre. Sans remonter aux plus anciens précurseurs de cette idée – on allègue parfois Thomas More, Tom Paine ou encore John Stuart Mill –, on observe que la première approche, aujourd’hui, se revendique volontiers d’André Gorz (1932-2007) – ce philosophe, un des pères fondateurs de l’écologie politique et de la pensée de la décroissance, était un proche de Sartre –, la seconde de Milton Friedman (1912-2006) – Prix Nobel d’économie en 1976, champion du néolibéralisme, et inspirateur, notamment, des politiques économiques de Thatcher, Reagan ou Pinochet.

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Thomas BOLMAIN est docteur en philosophie (ULG).

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