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Entre violences institutionnelles et de genre

Regards sur les violences gynécologiques et obstétricales

Analyse n°460 de Roxane Lejeune - juillet 2022 Famille, Culture et Éducation


Primum Non Nocere. "En premier ne pas nuire". Il s’agit d’un principe issu des textes hippocratiques et enseigné aux étudiant·e·s en médecine. S’il préconise de ne pas faire plus de mal par le biais de l’intervention médicale, ce principe semble parfois faire défaut. En effet, la médecine, telle qu’elle apparaît en tant qu’institution, peut être vectrice de violences envers ses bénéficiaires. Par ses normes, ses habitudes, ses procédures, elle s’inscrit comme un système amenant intrinsèquement l’apparition de certaines violences.
Parmi celles-ci, à l’intersection entre des violences institutionnelles et des violences de genre, se trouvent les violences gynécologiques et obstétricales. L’objectif de cette analyse sera d’énoncer les contours de ces dernières afin de mieux comprendre ses finalités, les expériences vécues et d’amorcer des pistes de solution.
Ainsi, dans un premier temps, nous évoquerons la définition, les différents actes pouvant être perçus comme violents et les conséquences spécifiques aux violences gynécologiques et obstétricales. Dans un deuxième temps, nous analyserons le caractère institutionnel de ces violences, en tentant de comprendre comment ces dernières apparaissent comme relevant d’un système ancré dans une histoire, des normes, des habitudes et des procédures, et non pas simplement comme le fruit de dérives individuelles de la part de membres du personnel soignant. Enfin, dans un troisième temps, nous tenterons d’esquisser des pistes de solutions et de réponses face à ces violences gynécologiques et obstétricales, et ce, tant du point de vue juridique et médical que dans le chef des patientes.
Si certain·e·s peuvent avoir en tête l’histoire de praticien·ne·s explicitement malveillant·e·s lorsqu’il est question des violences gynécologiques et obstétricales, il est fondamental de rappeler le cadre dans lequel s’inscrit cette analyse (et il sera répété à plusieurs reprises) : il s’agit ici de concevoir ces violences comme le résultat d’une institution et du système qu’elle construit et non pas comme des dérives individuelles de la part des agents qui la composent. Les médecins, infirmier·ère·s, aide-soignant·e·s, sages-femmes, etc. ne sont pas des êtres malveillants en puissance, mais agissent selon des protocoles, des normes et des pressions institutionnelles (que certain·e·s n’hésitent pas à questionner et dénoncer par ailleurs) et qui produisent dans certains cas des violences auprès des patient·e·s. Aussi, c’est sur ce point que nous nous pencherons en tentant de répondre à la question : de quelle manière l’institution médicale, au sein des disciplines gynécologiques et médicales, crée-t-elle des violences ?
Tout au long de cette analyse, nous appuierons des éléments issus de la littérature scientifique par des éléments de terrain et ce au travers du témoignage d’Olivia1. Olivia est une jeune femme de 23 ans qui depuis ses 18 ans a consulté environ neuf gynécologues différent·e·s en raison de douleurs importantes. Au-delà de consultations autour des contraceptifs et une opération pour une infection, Olivia a vécu ce qu’on pourrait appeler une errance médicale, puisque ce n’est que récemment qu’une gynécologue a fait le lien entre les fortes douleurs ressenties et une probable endométriose. Son témoignage étayera ainsi des éléments plus "théoriques" afin d’en démontrer la réalité et d’exemplifier les effets de telles violences auprès des patientes.
Finalement, notez que lorsque nous évoquerons, dans cette analyse, les "femmes" nous comprendrons les femmes cisgenres consultant ou ayant consulté un·e praticien·ne en gynécologique et/ou en obstétrique. Cependant, il convient de rappeler que les personnes non binaires, intersexes et les personnes transgenres peuvent également être concerné·e·s par ce type de suivi et donc être potentiellement victimes des violences dont nous allons discuter.

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1 Par soucis d’anonymisation, il s’agit d’un nom d’emprunt. Notez également que le témoignage d’Olivia sera le seul apparaissant dans cette analyse, bien que davantage de personnes aient été contactées. Plusieurs d’entre elles ont hésité et puis refusé que leur témoignage soit publié, même anonymement, et ce en raison du caractère intime des situations évoquées. Pour respecter leur demande, seul le témoignage d’Olivia sera mobilisé et bien qu’il ne soit pas généralisable, il constitue, à lui seul, une représentation fine d’une certaine expérience de violences gynécologiques, exemplifiant (malheureusement) ses tenants et aboutissants à plusieurs égards.


Diplômée d’un master en Psychologie et d’un master 2 en Sociologie, Roxane Lejeune est collaboratrice dans la thématique Famille, Culture & Éducation du CPCP.

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