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Le combat du Chili face à la malbouffe, un exemple à suivre !


Le Nutri-Score, on en parle ? Cela ne vous a pas échappé, depuis quelques temps un nouveau logo s’est invité sur quelques produits alimentaires mais pas sur tous les produits et pas dans tous les supermarchés.  Normal, il n’a rien d’obligatoire.  Aucun producteur et aucun distributeur d’aliments n’est obligé de l’utiliser.

Ce petit code de 5 couleurs et 5 lettres est donc censé nous aider à choisir des produits plus facilement. Alors on a bien compris que le A sur fond vert est à privilégier par rapport au E sur fond rouge.  Mais que signifient ces lettres ? C’est quelque peu obscur et en lisant la brochure sur le site www.health.belgium.be, on se rend compte que le seul intérêt consiste à comparer des produits entre eux et à prendre celui qui affichera le Nutri-Score le moins mauvais.  À nous encore de vérifier les listes d’ingrédients et les tableaux de valeurs nutritives pour voir si le produit ne contient pas trop de sel ou de sucre ou de graisses saturées ou d’additifs ou encore d’allergènes.

Et la cohérence, on en parle aussi ?   Des paquets de frites surgelées qui affichent le score A, est-ce que cela tient vraiment la route ? De l’huile d’olive affublée de la lettre D, ça nous dit quoi ? Mangeons des frites régulièrement et évitons l’huile d’olive ?  Quant au saumon, parfois l’on y voit un score A parfois un score D mais rien ne nous dit pourquoi l’un est meilleur que l’autre.

Bref, ce n’est pas simple pour tout le monde. Certains s’y retrouvent et d’autres pas.  Les plus optimistes d’entre nous considèrent que le Nutri-Score a le mérite d’exister, que c’est un premier pas dans la préservation de la santé des consommateurs et que cela débouchera peut-être sur une autorégulation des entreprises qui rectifieront leurs recettes– ce n’est pas faux !- et les plus intransigeants regrettent le manque de clarté et de cohérence de l’outil, ce qui est tout aussi vrai.

La Belgique ne faisant pas exception aux graves problèmes d’obésité et de diabète qui traversent le monde de la malbouffe, nous serions tout de même bien curieux de voir les premières études indépendantes sur l’impact de ce Nutri-Score sur la santé des Belges.

Reconnaissons en tous cas que ce Nutri-Score ne nous dit rien sur les effets néfastes des produits.  Est-ce qu’il y a trop de sucre ou de graisses saturées, trop de sel ?   D’ailleurs, des consommatrices, au sein de groupes en éducation permanente, disent préférer utiliser des applications comme Yuka qui, elles-mêmes ne manquent pas d’incohérences.

Donc le Nutri-Score, c’est une bonne idée mais peut mieux faire ! Et puis, est-ce suffisant pour lutter contre la junk-food ? Ne faut-il pas être plus ambitieux ?

Au Chili, ils ont opté pour une politique globale vis-à-vis de la malbouffe qui passe notamment par un code bien plus clair et efficace pour aider les consommateurs à faire des choix et à préserver leur santé.  Mais cela a demandé un certain courage qui n’a pas manqué aux Chiliens : « si on n’a pas eu peur de Pinochet, on ne va pas avoir peur de multinationales aussi puissantes soient-elles ! ».  C’est ainsi que s’est exprimé le sénateur Guido GIRARDI dans une émission consacrée à l’obésité [1].

Dans ce pays sud-américain, dont l’exemple est à présent suivi par le Mexique et le Pérou, ce sont quatre logos noirs et blancs en forme de panneaux STOP qui ont été imposés sur les produits alimentaires, mêmes sur ceux qui sont importés tels la fameuse pâte à tartiner que nous ne citerons pas.

  • Riche en calories
  • Riche en sucre
  • Riche en sel
  • Riche en graisses saturées

nutrichili

Ils ne laissent aucun doute sur la qualité du produit et sur ses effets sur la santé des consommateurs.  C’est lisible et compréhensible très rapidement même par les enfants.

Et ces enfants, d’ailleurs, ont tellement bien intégré la dangerosité de certains produits sur leur santé que les normes sociales ont changé. Tandis que nos chérubins européens ont le pouvoir de nous harceler pour nous pousser à acheter un produit, le pouvoir des petits Chiliens s’est orienté contre la malbouffe : « Non, ne m’achète pas ça car il y a deux logos et il n’en faut qu’un maximum ! ». Car aujourd’hui ce qui est considéré comme « cool » c’est d’avoir une collation saine. Quel soulagement ! Et la loi défendant le droit de savoir ce que l’on consomme ne date que de 2016 !

Mais ce n’est pas tout ! Outre l’imposition de ces logos, le Chili a pris des mesures complémentaires pour protéger la santé des enfants car pour le porteur de cette loi de 2016 « il n’est pas acceptable que l’on fasse la publicité de cochonneries à la télé ! »

Ainsi, si le produit est affublé ne fut-ce que d’un logo, celui-ci ne peut faire l’objet de publicité à la télévision et sur Internet.  Exit aussi les personnages sympathiques sur les emballages et les petits cadeaux (jouets, autocollants à collectionner, etc.) qui obnubilaient les enfants.

L’arsenal du marketing pour enfants est donc bâillonné !

Et les premiers résultats ne se sont pas fait attendre : en 18 mois, la vente de boissons sucrées a chuté de 25%.

L’effet conjugué de cette loi de 2016 et des choix éclairés des consommateurs a même réussi à introduire un cercle vertueux au sein des entreprises.  Curieusement, alors que l’industrie déclarait qu’il n’était pas possible –techniquement- de changer la composition des produits, il semble que 20% des recettes aient été reformulées.

Ça ne vous fait pas rêver ? Nous si !

Bien sur cette loi n’a pas été accouchée sans douleurs ; les campagnes de dénigrement de l’industrie agro-alimentaire n’ont pas manqué mais Guido Girardi s’est accroché dans sa volonté d’extraire son pays du classement des pays les plus touchés par l’obésité et le diabète.

Une politique courageuse à méditer.


[1] « Un monde obèse », une enquête de Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade sur Arte.

 

Un article de Karin Dubois, Coordinatrice thématique Consommation durable, CPCP - dubois@cpcp.be